Réponses aux questions des journalistes russiens à l'issue de la visite au Vietnam, 20.06.2024

Valerik
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Réponses aux questions des journalistes russiens à l'issue de la visite au Vietnam, 20.06.2024

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Réponses du Président Poutine aux questions des journalistes russiens à l'issue de la visite au Vietnam
20 juin 2024 19:20 Hanoi


A l'issue de sa visite d'Etat au Vietnam, Vladimir Poutine a répondu aux questions des représentants des médias russiens.

P. Minakov : La Fédération russienne et la RPDC ont conclu le Traité de partenariat stratégique global, qui prévoit notamment une coopération dans les domaines militaro-technique et de la défense. Le dernier point dans le domaine de la défense prévoit une assistance mutuelle entre les États parties à ce traité en cas d'attaque par une tierce partie.

J'ai une question à ce sujet, mais elle sera composée de sous-questions, de plusieurs parties. Premièrement, dans quelles circonstances est-il prévu que cette partie du Traité entre en vigueur ? Y compris — deuxièmement — cela s'applique-t-il à la situation en Ukraine ? Et admettez-vous la possibilité de faire intervenir des volontaires et des soldats de la RPDC ?

Et en ce qui concerne le développement de la sphère militaro-technique, une troisième question. La Russie et la RPDC sont parmi les... Elles sont seules à avoir fait l'objet d'autant de sanctions. Moscou a-t-elle l'intention d'abandonner toutes les restrictions, y compris celles imposées par des sanctions internationales, et de développer au maximum la coopération avec la RPDC dans le domaine militaro-technique ?

V. Poutine :
Vous posez tout un lot de questions, alors allons-y une à une. Premièrement, dans quelles conditions les parties du Traité relatives à l'assistance mutuelle dans le domaine militaire seront-elles utilisées, c'est bien ça ?

La première chose que je voudrais dire et quoi signaler, c'est que pour une raison quelconque, les analystes... enfin, peut-être en fait ils l'ont signalé — je ne l'ai pas remarqué, en tout cas, et franchement, je n'ai pas eu le temps d'y jeter un coup d'œil. Néanmoins, j'aimerais attirer l'attention sur le fait que ce traité n'est pas une nouveauté. Nous avons conclu ce traité parce que l'ancien traité avait cessé d'exister, et notre traité précédent — je crois qu'il datait de 1962 ou quelque chose comme ça — contenait tous les mêmes éléments. Il n'y a pas de nouveauté ici.

Bien sûr, le problème semble particulièrement aigu dans les conditions actuelles, mais nous n'avons pratiquement rien changé, et la République populaire démocratique de Corée a des traités similaires avec d'autres pays. Premièrement.

En outre, quant aux raisons de l'assistance militaire mutuelle, il y est écrit : en cas d'agression, d'agression militaire.

Pour ce qui est de l'Ukraine, le régime ukrainien a lancé l'agression pas contre la Russie, il a lancé l'agression contre les républiques populaires Louganienne et Donetsienne, que nous avons reconnues avant qu'elles ne fassent partie de la Fédération russienne.

Pour ce qui est de faire intervenir des capacités de l'autre partie dans ce conflit, nous n'avons demandé à personne de le faire, personne ne nous l'a suggéré, ce n'est donc pas nécessaire.

Qu'y avait-t-il d'autre ?

P. Minakov : Sur les sanctions.

V. Poutine :
En ce qui concerne les sanctions, j'ai déjà dit, et je pense l'avoir dit lors d'une réunion avec vos collègues, les chefs des agences de presse mondiales, que certaines des sanctions qui ont été imposées à la Corée du Nord, pour ne pas dire plus, semblent très étranges.

Comme vous le savez, je suis originaire de Leningrad. Tout le monde sait très bien ce que Leningrad a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant la Grande Guerre patriotique. C'était le blocus, lorsque les gens mouraient de faim. Comme vous le savez, ma famille, elle aussi, a subi des pertes à cette occasion : mon frère est pratiquement mort de faim pendant le blocus, il est tombé malade et est décédé.

Et qu'en est-t-il aujourd'hui avec la Corée du Nord ? On peut penser ce que l'on veut du régime, mais imposer, disons, des restrictions à la migration de la main-d'œuvre, c'est étrange. À quoi cela aboutit-il ? Les familles, même si elles se trouvent dans une situation financière très difficile, n'ont pas la possibilité de gagner de l'argent et de nourrir leurs enfants. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Est-ce humain ?

C'est pourquoi les sanctions qui sont imposées, d'abord, bien sûr, dans ce cas, pour des raisons politiques, doivent toujours correspondre au niveau moderne de développement humain.

C'est pourquoi j'ai dit, à Pyongyang, et je l'ai dit sincèrement, que nous devrions tous réfléchir ensemble à la manière dont ce régime de sanctions doit être modifié et à ce qu'il faut changer, et si ce régime répond même aux exigences d'aujourd'hui.

K. Kokovechnikov : Pour poursuivre sur le thème de l'Ukraine.

V. Poutine :
Oui, s'il vous plaît.

K. Kokovechnikov : Bonjour !
Chaîne de télévision Zvezda, Konstantine Kokovechnikov.

Comment pouvez-vous commenter la réaction des pays occidentaux, ou plutôt leur rejet des conditions que vous avez proposées pour mettre fin pacifiquement au conflit en Ukraine ? Après tout, vous ne pouviez guère ne pas vous attendre à une telle réaction.

Et qu'est-ce qui a motivé votre décision de nommer publiquement les conditions d'un aboutissement pacifique du conflit, qui étaient censées faire l'objet de négociations en coulisses ? Ou bien vos espoirs en la matière ont-ils finalement été réduits à néant ?

V. Poutine :
Vous savez, nous avons mené ces négociations en coulisses, et c'est vrai que nos espoirs en la matière ne se sont toujours pas justifiés.

Quant à la réaction de nos soi-disant partenaires occidentaux — vous avez dit que je ne m'y attendais apparemment pas — non, au contraire, je m'attendais justement à une telle réaction dans un premier temps. Mais ce qui se passera plus tard, l'avenir nous le dira.

Tout dépendra de l'évolution de la situation sur le terrain. Je pense que certains hommes politiques sensés se demanderont encore si les propositions que j'ai faites sont réalistes, objectives et dans l'intérêt de toutes les parties contractantes et de l'Europe dans son ensemble, si elle veut vraiment mettre fin au conflit au centre de l'Europe. Eh bien, nous verrons. Je ne suis pas sûr que cette attitude à l'égard des propositions que nous avons faites soit éternelle. Nous entendons déjà les voix de certains hommes politiques qui disent que oui, il s'agit peut-être d'un ultimatum, oui, il s'agit peut-être d'exigences excessives, mais que l'on ne peut pas refuser, que l'on doit y réfléchir et régler le problème.

Et ce qui a été présenté par nos partenaires n'était-il pas un ultimatum ? Certaines formules ont été inventées, bien qu'il y ait le résultat de nos négociations à Minsk et à Istanbul. Pourquoi personne ne s'en souvient ? Je l'ai déjà dit cent fois, si nous nous sommes mis d'accord à ce moment-là et qu'il y a une signature du chef du groupe de négociation de la partie ukrainienne indiquant que les accords conclus à Istanbul étaient en principe acceptables pour la partie ukrainienne. Que s'est-il passé sur le terrain, sur le champ de bataille, qui permettrait d'avancer des conditions supplémentaires qui n'ont rien à voir avec les accords d'Istanbul ? Il n'y a rien de tel qui puisse modifier de quelque manière que ce soit la position d'un autre pays négociateur, en l'occurrence l'Ukraine.

C'est pourquoi je ne pense pas qu'un tel nihilisme à l'égard de nos propositions soit éternel. Il est certain que quelque chose changera, tout comme nos conditions changeront en fonction de la situation sur le terrain.

P. Zaroubine : Pavel Zaroubine, chaîne de télévision Rossiya.

Combien de temps ces conditions peuvent-elles rester en vigueur ? Après tout, lors de cette même conférence en Suisse, il y a eu de nombreux signaux et déclarations indiquant que lors de la prochaine conférence, si elle a lieu, la Russie doit assister, doit être présente. Il est clair qu'il y a beaucoup de nuances, mais la Russie répondrait-elle quand même ? Merci.

V. Poutine :
Oui, je l'ai déjà dit, ce n'est pas nous qui avons renoncé aux négociations. La partie ukrainienne s'est interdit à elle-même de négocier. Pas nous. Nous y sommes favorables et n'avons jamais refusé de le faire. Mais pas sur la base de quelques formules éphémères, mais sur la base de ces accords — je veux le répéter une fois de plus — qui ont été conclus au cours de négociations difficiles, durant près d'un mois et demi à Istanbul et à Minsk. C'est sur cette base que nous sommes prêts à poursuivre notre dialogue avec la partie ukrainienne. Et peu importe où ils auront lieu : à Minsk, à Istanbul ou en Suisse.

P. Zaroubine : Combien de temps ces conditions resteront-elles en vigueur ?

V. Poutine :
Nous tenons ces propositions de notre côté sur la table, s'il vous plaît. Ce n'est plus à nous de décider quand toutes les parties intéressées par ces négociations prendront ce qui est sur leur table et commenceront ces négociations. Ne serait-ce demain. Mais c'est à elles de décider quand elles daigneront le faire. Mais, je le répète, tout dépendra de ce qui se passera dans la vie réelle. Et ensuite, bien sûr, nous procéderons à partir de là. Mais l'approche principielle sera telle que je l'ai décrite.

Iekaterina Lazareva : Vladimir Vladimirovitch, bonjour !
Iekaterina Lazareva, URA.RU.

J'ai une question sur les armes nucléaires. Vous avez récemment déclaré que vous aviez admis la possibilité de modifier notre doctrine nucléaire. J'aimerais comprendre dans quelles circonstances cela est possible, quelles conditions doivent être réunies pour que cela se produise ? Admettez-vous que notre doctrine nucléaire inclura une clause sur la possibilité d'une frappe nucléaire préventive ?

V. Poutine :
Vous savez, je crois avoir dit que nous réfléchissions encore à ce que nous pourrions changer dans la doctrine et la stratégie nucléaires. Et voici à quoi c'est lié. C'est lié au fait que de nouveaux éléments liés à l'abaissement du seuil d'utilisation des armes nucléaires apparaissent — du moins, nous savons que l'adversaire probable y travaille. En particulier, des dispositifs explosifs nucléaires à très faible rendement sont en cours de développement, et nous savons que dans les cercles d'experts occidentaux des idées planent selon lesquelles de tels moyens de destruction pourraient être utilisés, et il n'y a rien de particulièrement effrayant à cela. Ce n'est peut-être pas terrible, mais nous devons y prêter attention. Et nous y prêtons attention.

C'est à cela que se rapporte ma déclaration selon laquelle nous réfléchissons à d'éventuels changements dans nos stratégies.

I. Lazareva : Et une frappe préventive ?

V. Poutine :
Nous n'avons pas encore besoin d'une frappe préventive, parce que par une frappe de contre-attaque, la destruction de l'ennemi sera garantie.

K. Panyuchkine : Konstantine Panyuchkine, Chaîne Première.

Vous venez de dire qu'il n'y a pas d'offre de la part de la RPDC et qu'il n'y a pas non plus de demande de soldats de votre côté, mais en même temps, si nous comprenons bien, l'article quatre du Traité implique en fait une défense collective.

V. Poutine :
En cas d'agression.

K. Panyuchkine : En cas d'agression, oui. Dans les conditions, quand contre la Russie on a déjà...

V. Poutine :
J'ai déjà répondu à cette question. Il y a eu une agression de la part du régime de Kiev contre deux républiques qui n'étaient pas reconnues par nous à l'époque.

K. Panyuchkine : Et quel a été le facteur déterminant pour que Kim Jong-un signe ce traité dans une situation aussi difficile, alors que cette guerre non déclarée est menée contre la Russie ? Et pour vous aussi ?

V. Poutine :
Vous devrez le lui demander. Comment puis-je le dire ?

Pour ce qui est de l'essentiel, je l'ai déjà dit. Il s'agit d'une reproduction presque intégrale de notre traité, qui a expiré en raison de son échéance. Il n'y a donc aucune nouveauté.

K. Panyuchkine : Il y a aussi la crise coréenne qui couve toujours et qui pourrait théoriquement dégénérer en hostilités à grande échelle. Dans ce cas, qu'est-ce qui a été décisif pour vous dans la signature de ce traité, compte tenu de ces circonstances ?

V. Poutine :
Je l'ai dit deux fois et je peux le répéter une troisième fois : nous avons reproduit le traité de 1960 ou 1962, qui est arrivé à son terme.

Oui, bien sûr, la crise coréenne couve, mais nous supposons et espérons que nos accords avec la République populaire démocratique de Corée auront un effet dissuasif dans une certaine mesure, de sorte que cette crise ne dégénère pas en une phase brûlante.

A. Kolesnikov : Journal Kommersante, Andrei Kolesnikov.

L'utilisation d'armes occidentales à longue portée peut-elle être considérée comme un acte d'agression ? Le bombardement de Belgorod et du territoire russien en général peut-il être considéré comme un acte d'agression ?

V. Poutine :
Cela nécessite des recherches supplémentaires, mais ce n'est pas loin de ça. Nous sommes en train de l'analyser. De quoi s'agit-il dans ce cas ? Ceux qui fournissent ces armes estiment qu'ils ne sont pas en guerre contre nous. C'est ce que j'ai dit, y compris à Pyongyang, que nous nous réservons le droit de fournir des armes à d'autres régions du monde.

Compte tenu de nos accords avec la République populaire démocratique de Corée, je n'exclus pas cette possibilité. Nous pouvons également dire de la même manière où ces armes iront ensuite. Les Occidentaux fournissent des armes à l'Ukraine et disent : à partir d'ici-là nous ne contrôlons plus rien et la manière dont elles sont utilisées n'a pas d'importance. Eh bien, nous pouvons aussi dire : nous avons fourni quelque chose à quelqu'un — et d'ici-là nous ne contrôlons plus rien. Qu'ils y réfléchissent.

Ceci dit, à ce stade notre tâche la plus importante est de repousser ces coups.

A. Savinykh : Vladimir Vladimirovitch, agence TASS.

Je me permets de dériver un peu de l'agenda politique à l'agenda économique.

Selon vous, quelles sont les perspectives des discussions d'aujourd'hui à Hanoi en termes de commerce et de partenariat économique ? Étant donné que les États-Unis exercent une pression constante et ininterrompue sur le Viêt Nam lui-même et sur d'autres pays de la région.

En plus de cette question, j'aimerais poser une autre question. Vous avez déclaré aujourd'hui que la Russie était prête à établir des approvisionnements directs et à long terme d'hydrocarbures au Viêt Nam, y compris du GNL. De quel type de projets s'agit-il pour Novatek ? S'agit-il simplement de projets d'infrastructure ou de véritables projets d'extraction ?

V. Poutine :
Demandez à Mikhelson, il vous fournira plus de détails.

Il existe différentes options : il est possible de participer à la construction des installations de liquéfaction ici, et il est possible de fournir notre gaz liquéfié à partir du territoire de la Fédération russienne. Les deux sont possibles. Il y a des perspectives ici aussi, il y a des blocs pertinents où nous pouvons travailler et produire du gaz naturel liquéfié.

Quant à la pression de Washington et d'autres pays occidentaux, oui, elle agit sur certains, moins sur d'autres. Mais en tout état de cause — je tiens à souligner que, croyez-moi, c'est ce qui se passe réellement — la grossièreté avec laquelle les autorités américaines agissent n'est pas toujours à leur avantage, et en termes stratégiques seulement à leur détriment, parce que personne n'aime ce snobisme, et personne ne le pardonnera jamais, même dans une perspective historique à moyen terme.

Et nous avons appris à surmonter, nous avons appris à surmonter. Regardez, notre extraction augmente. Si le pétrole a un peu baissé, c'est grâce à nos restrictions volontaires dans le cadre de l'OPEP-plus, et l'objectif est de maintenir les prix à un niveau acceptable. En principe, nous nous en sortons bien. Il y a des difficultés, mais il y a aussi des moyens de résoudre toutes ces difficultés.

V. Sinéok : Viktor Sinéok, Izvestia.

Vladimir Vladimirovitch, le diplomate ukrainien Kouleba a récemment donné une interview dans laquelle, lorsqu'on lui a demandé pourquoi l'Ukraine ne fait rien pour obtenir un dirigeant légitime, n'organise pas d'élections, ne suit pas la procédure, bien qu'il soit évident qu'il est illégitime aujourd'hui, il a répondu dans l'esprit de « que la Russie retire ses troupes et alors tout ira mieux chez nous ».

Comment commenter de tels propos ? Il s'avère que nous avons plus besoin qu'eux de la légitimité de leur chef.

Si vous me le permettez, je poserai très rapidement la deuxième question.

V. Poutine :
Permettez-moi de répondre d'abord à la première question, puis à la seconde.

Je n'aime pas commenter les déclarations de qui que ce soit, et surtout pas celles des fonctionnaires de second ou de troisième rang. Mais dans ce cas concret, je ne peux m'empêcher de dire que si les négociations sont liées au retrait de nos troupes, ce qui est le rêve du régime de Kiev, alors, apparemment, cela n'arrivera jamais, parce que le régime de Kiev ne veut pas quitter le pouvoir et ne veut pas organiser des élections normales conformément à la Constitution de l'Ukraine. Ils s'éterniseront donc avec le cessez-le-feu. Ils sont intéressés par le maintien de nos troupes dans ces territoires parce qu'ils ne sont pas intéressés par la tenue d'élections. Voilà, c'est tout.

Et votre deuxième partie ?

V. Sinéok : Je voulais vous poser une question sur votre séjour en RPDC. Vous attendiez-vous à ce que la réception soit aussi importante et somptueuse ?

V. Poutine : Non, je ne m'y attendais pas.

V. Sinéok : La partie informelle s'est terminée de manière très impressionante, c'est comme vous avez conduit l'Aurus, c'est comme vous avez fait infiniment vos adieux à l'aéroport.

Quel genre de relations s'est-il formé entre vous et le dirigeant de la RPDC ? Et selon vous, sur quoi sont-elles fondées ?

V. Poutine :
Tout d'abord, je ne m'attendais pas à cela. J'avais imaginé, bien sûr, à peu près comment cela se passerait. Il existe certaines normes protocolaires en République populaire démocratique de Corée, je les connais. Mais je ne m'attendais pas à une telle ampleur. Certaines choses étaient tout à fait inattendues, ceci concerne programme privé.

Qu'est-ce qui nous unit ? Les questions liées à la coopération interétatique et les intérêts du développement entre la Corée du Nord et la Fédération russienne, et ce dans des domaines très différents, depuis la sécurité jusqu'à l'économie.

D. Laroux : Bonjour !
Dmitry Laroux, journal Izvestia.

La Corée du Sud affirme déjà que le nouveau traité entre la Russie et la RPDC menace sa sécurité. Les médias rapportent que Séoul pourrait reconsidérer la livraison d'armes létales à Kiev. N'existe-t-il de projet ou même d'une opportunité d'appeler les dirigeants sud-coréens pour mettre les points sur les i ? Comment Moscou envisage-t-elle le règlement du problème coréen en général ?

V. Poutine :
En ce qui concerne les préoccupations de la République de Corée, je partirai de ce que vous avez dit : la Corée du Sud, la République de Corée, n'a pas à s'inquiéter, car notre assistance dans le domaine militaire, conformément au traité que nous avons signé, n'intervient qu'en cas d'agression contre l'un des signataires de ce document. Pour autant que je sache, la République de Corée ne prévoit pas d'agression contre la République populaire démocratique de Corée, ce qui signifie qu'il n'y a pas lieu de craindre notre coopération dans ce domaine.

Quant à la livraison d'armes létales à la zone de guerre en Ukraine, ce serait une très grave erreur. J'espère que cela ne se produira pas. Si c'est le cas, nous prendrons nous aussi les décisions appropriées, qui ne plairont probablement pas aux dirigeants actuels de la Corée du Sud.

D. Korter : Donald Korter, Russia Today.

L'OTAN discute actuellement de la mise en alerte des ogives nucléaires. Comment la Russie perçoit-elle cette décision et quel en sera l'impact sur la stabilité et la sécurité mondiales ?

V. Poutine :
Les forces nucléaires stratégiques de la Fédération russienne sont toujours en pleine tenue de combat. Par conséquent, nous ne sommes pas très préoccupés par ce que font les pays occidentaux en ce moment. Mais, bien sûr, nous suivons cela de près et, en cas de menaces croissantes, nous réagirons en conséquence.

A. Yunachev : Alexander Yunachev, Life.

Vous avez déclaré à plusieurs reprises que Zelensky était illégitime et que le seul organe légitime était la Verkhovna Rada d'Ukraine [Parlement ukrainien - NdT]. Certains députés ont-ils essayé d'envoyer un signal, peut-être voulaient-ils négocier avec vous ? Peut-être avons-nous des discussions en coulisses avec quelqu'un ?

Et de manière informelle, combien avez-vous dormi ces derniers temps ?

V. Poutine :
Vous voulez dire parmi les députés de la Rada ?

A. Yunashev : Oui.

V. Poutine :
Je ne le sais pas. Ensuite, vous avez dit que j'ai déclaré à plusieurs reprises. Je n'ai rien déclaré. Je l'ai simplement analysé, et ce n'est pas même moi qui l'ai fait, mais nos juristes. Il s'agit d'une analyse juridique de la Constitution ukrainienne. J'ai nommé ces articles : l'article 83 de la Constitution dit explicitement que le mandat est limité à cinq ans. Les 109e, 110e, 112e — en gros, vous pouvez regarder — disent qu'en cas de loi martiale, les pouvoirs, y compris ceux du commandant en chef suprême, sont transférés au président de la Rada. Tout est écrit là.

La loi sur la loi martiale stipule également qu'il n'y a pas d'élections présidentielles. Mais elle ne dit pas que ses pouvoirs sont prolongés, ce qui signifie que c'est fini, son train est parti.

Enfin, la décision de la Cour constitutionnelle. Regardez, c'est écrit noir sur blanc, il y a une décision de la Cour constitutionnelle en 2015, où il est directement écrit : le mandat du président est de cinq ans, et c'est tout. De quoi parlons-nous, enfin ? Tout simplement l'Occident ne veut pas le changer maintenant, ce ne serait pas le bon moment selon eux. Je l'ai déjà dit, mais je pense que c'est évident pour tout le monde. Ils lui imputeront toutes les décisions impopulaires, y compris l'abaissement de l'âge de la conscription, puis ils le changeront. Je pense que ce sera au cours du premier semestre de l'année prochaine.

O. Samsonova : RIA Novosti.

Vladimir Vladimirovitch, bonjour !

D'une manière ou d'une autre, on vous l'a demandé lors de la conférence de presse, les Occidentaux ne cessent d'élever la tension et d'aggraver la situation petit à petit.

V. Poutine :
Ils haussent la tension, oui.

O. Samsonova : De votre point de vue, quel est leur objectif ? Qu'est-ce qu'ils veulent obtenir ? Peut-être s'agit-il d'une sorte de provocation, on vous provoque à quelque chose ?

V. Poutine :
En effet, nous le voyons, nous l'observons. Comme vous l'avez dit, ils ne cessent de faire monter la tension, d'envenimer la situation. Apparemment, ils comptent sur ce que nous aurons peur tôt ou tard. Mais en même temps, ils disent qu'ils veulent parvenir à une défaite stratégique de la Russie sur le champ de bataille. Qu'est-ce que cela signifie pour la Russie ? Pour la Russie, cela signifie la fin de son statut d'État. Cela signifie la fin de l'histoire millénaire de l'État russien. Je pense que cela est clair pour tout le monde. La question qui se pose alors est la suivante : pourquoi devrions-nous avoir peur ? Ne vaut-il pas mieux aller jusqu'au bout ? Il s'agit de logique formelle élémentaire, dont je me souviens très bien — je crois que nous n'avions que six mois de logique formelle à l'université. Je me souviens même du professeur qui nous l'a enseigné.

Je pense que ceux qui pensent ainsi, et plus encore ceux qui disent ainsi, commettent une autre grosse erreur.

Bon, encore quelques questions s'il vous plaît.

V. Dessyatova : Véra Dessyatova, radio Vesti FM.

Les forces armées ukrainiennes préparent une nouvelle "contre-offensive" dans la direction de Kharkov. Existe-t-il une telle information et nos militaires sont-ils prêts à la repousser ?

V. Poutine :
Nos militaires se préparent à tous développements possibles de la situation.

Quant à la direction de Kharkov, je l'ai déjà dit, il n'y a pas de secret ici. Il y a six mois j'ai dit que si le bombardement de nos localités dans la zone frontalière se poursuivait, nous serions contraints de créer une zone de sécurité — une zone sanitaire — sur le territoire ukrainien. Ces bombardements se sont poursuivis et nous avons fait ce que nous avions dit que nous ferions.

Oui, nous savons que les Américains et les Européens poussent les Ukrainiens à pousser les Ukrainiens à tout prix — encore une fois, je tiens à le souligner, à tout prix — à repousser nos unités jusqu'à la frontière nationale, et ils prévoient de présenter cela comme un grand succès en 2024, en relation avec le sommet de l'OTAN attendu et ensuite avec les élections aux États-Unis.

Nous verrons bien ce qui se passera en fait. Mais cet ordre « à tout prix » — je vous assure que c'est le cas, je sais de quoi je parle — bien sûr, s'il n'est pas fondé sur des réalités, il coûtera à nouveau très cher aux forces armées ukrainiennes. Voyons ce qui se passera réellement.

Quoi qu'il en soit, comme nous le comprenons, et j'ai dit que nous n'avions pas l'intention de nous approcher de Kharkov et ainsi de suite, il s'agit toujours d'une direction tactique, et l'ennemi essaiera de le présenter comme un succès stratégique, s'il réussit. Voyons ce qu'il réussira réellement. Mais cela implique déjà beaucoup de pertes. Je pense que c'est probablement ainsi que la situation va évoluer.

Il est très difficile de faire des prévisions, parce qu'après tout, il s'agit d'opérations de combat, c'est une situation difficile — les gens marchent sous les balles, subissent des pertes, vous savez ? Il est donc difficile de se prononcer maintenant, mais mon évaluation de la situation est à peu près telle que je l'ai décrite.

Oui, s'il vous plaît.

G. Ivanov : Gleb Ivanov, journal Argoumenty i Fakty.

Hier, après vos entretiens avec le dirigeant nord-coréen, vous avez déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU contre la Corée du Nord devraient être reconsidérées.

V. Poutine :
Je viens de le répéter.

G. Ivanov : Oui, et vous venez de le répéter.

La question est : comment le faire ? Etant donné que le principal initiateur de ces sanctions s'y oppose catégoriquement. Devrions-nous parler ici de la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, comme le demandent certains de nos amis des BRICS ? Merci.

V. Poutine :
En ce qui concerne la réforme de l'ONU et du Conseil de sécurité de l'ONU, il s'agit d'un problème qui va bien au-delà des sujets que vous venez de soulever.

Le Conseil de sécurité, en tant qu'organe clé de l'ONU, est apparu après la Seconde Guerre mondiale et sur la base des résultats de cette dernière. Bien sûr, la situation dans le monde évolue et nécessite une certaine forme de réforme de cette institution internationale. Mais ici — c'est une formule toute faite de notre ministère des affaires étrangères — il est nécessaire que cette réforme soit basée sur un large consensus. Car s'il s'agit d'une décision prise en coulisses par un groupe de pays, par un seul pays, cela n'apportera rien de bon à la communauté internationale, car elle perdra tout simplement cet instrument de règlement des différends. Aussi difficile et coûteux soit-il, le Conseil de sécurité fonctionne d'une manière ou d'une autre. Nous sommes donc favorables à une réforme, mais seulement, je le répète, sur la base d'un large consensus.

En ce qui concerne la révision des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée, oui, je l'ai dit. Mais je suis conscient que dans la situation actuelle, il sera pratiquement impossible d'y parvenir par des moyens conventionnels, mais nous devons y travailler. Et il est nécessaire de montrer, par exemple, comme dans le cas de la migration de la main-d'œuvre, que certains instruments proposés et convenus à l'époque, bien sûr, sous l'égide des États-Unis, perdent toute force, toute signification et toute origine humanitaire de ce pour quoi ils ont été introduits. C'est pourquoi nous avons l'intention de commencer et de poursuivre ce travail. Comme on dit dans notre peuple, goutte à goutte l'eau creuse la pierre. Voyons voir.

La dernière question, pour terminer.

A. Konopko : Bonsoir !
Alexei Konopko, chaîne de télévision Rossiya.

Après vos entretiens d'hier en Corée du Nord, la presse américaine s'est mise à écrire que les services de renseignement américains sont étonnés du rythme du rapprochement de Moscou avec Pyongyang, Pékin et Téhéran. Le camarade Kim Jong-un a également noté que le Traité a été signé rien que quelques mois après que vous et lui ayez eu l'idée de ce document.

D'où vient cette rapidité ? Est-ce la Russie qui est devenue un partenaire plus attrayant, ou est-ce que les pays tiers en général ont, d'une certaine manière, repensé leur attitude vis-à-vis des réalités mondiales et de la diplomatie ?

V. Poutine :
Je ne sais pas. Il m'est difficile de commenter ce qui a été dit, car je ne sais pas ce que pense la communauté du renseignement américaine de ce qui se passe. C'est l'une des agences de renseignement les plus puissantes au monde. Je pense qu'ils sont bien informés, et on ne peut guère s'attendre à ce genre de réaction parce que nous en parlons ouvertement. Il n'est pas nécessaire de faire de l'intelligence électronique ou du renseignement pour comprendre où vont les choses et à quel stade elles en sont. Nous avons travaillé ouvertement et toutes ces choses ont été discutées.

Oui, bien sûr, nous avons discuté de certains articles en privé, mais en général, vous pourriez probablement consulter notre traité des années 1960, que nous avons pratiquement reproduit dans son intégralité. Il est étrange que cela soit une surprise et que la communauté du renseignement américaine n'ait pas été préparée à cela.

Bien sûr, tout était très énergique, mais la situation dans le monde évolue de telle sorte qu'il faut renforcer le cadre juridique avec nos partenaires, en particulier dans les domaines que nous considérons comme importants, y compris en tenant compte de ce qui se passe en Asie. Et nous voyons ce qui se passe en Asie, n'est-ce pas ? Le système des blocs prend forme en Asie. L'OTAN s'y installe déjà de manière permanente. Cela représente bien sûr une menace pour tous les pays de la région, y compris la Fédération russienne. Nous devons y répondre et nous le ferons.

Je vous remercie de votre attention.

Tous mes vœux, au revoir !

Source en russe : le site du Kremlin

Traduit par Valerik
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