Réponses de V. Poutine aux questions lors de la séance plénière de la 20e réunion du Club Valdaï, 5.10.23 - Partie 1

Valerik
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Réponses de V. Poutine aux questions lors de la séance plénière de la 20e réunion du Club Valdaï, 5.10.23 - Partie 1

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Réponses de V. Poutine aux questions lors de la séance plénière de la 20e réunion anniversaire du Club Valdaï, 5.10.23 - Partie 1 (Questions de F. Loukianov)

F. Loukianov : Vladimir Vladimirovitch, merci beaucoup pour cette présentation détaillée des questions générales, conceptuelles, car maintenant au Valdai Club et dans de nombreux autres endroits, tout le monde essaie de comprendre le cadre qui remplacera ceux qui ne fonctionnent plus, et jusqu'à présent, nous n'avons pas très bien réussi. Nous savons ce qui n’existe plus, mais nous ne comprenons pas vraiment ce qui va se passer. Vos arguments constituent, me semble-t-il, le premier cas d’une telle tentative d’énoncer au moins très clairement les principes.

Si possible, pour donner suite à votre discours. Bien sûr, une partie très intéressante est consacrée aux civilisations et à l'approche civilisationnelle. Mais vous avez dit un jour, il y a longtemps, une phrase très frappante : les frontières de la Russie ne finissent nulle part. Si les frontières de la Russie ne finissent nulle part, alors celles de la civilisation russe et russienne, semble-t-il, ne finissent nulle part d'autant plus, ici il n'y a rien à redire. Qu'est-ce que ça veut dire? Où est-elle?


V. Poutine : Vous savez, cela a été dit pour la première fois lors d'une conversation avec l'un des anciens présidents des États-Unis chez moi, à Ogariovo, cela a été dit pour plaisanter, bien sûr, alors qu'il regardait une carte de la Fédération russienne.

Nous le savons tous, et je tiens à le répéter encore une fois : la Russie reste le plus grand pays du monde en termes de territoire. Mais sérieusement, bien sûr, cela a avant tout une signification civilisationnelle. Nos compatriotes sont nombreux, le monde russe a un caractère mondial, la langue russe est l'une des langues officielles de l'ONU. Rien qu'en Amérique latine, d'où nous venons de rencontrer des parlementaires, nos compatriotes sont 300 000. Ils sont partout : en Asie, en Afrique, en Europe et bien sûr en Amérique du Nord.

Par conséquent, parlant sérieusement, je le répète, au sens civilisationnel, bien sûr, il n’y a pas de frontières, tout comme il n’y a pas de frontières pour toutes les autres civilisations. Prenez l'Inde ou la Chine : combien de représentants de la Chine vivent dans d'autres pays du monde et combien de représentants de l'Inde vivent dans d'autres pays du monde ! Tout cela se croise et interagit les uns avec les autres. Et ce sera très bien si cette interaction est naturelle et amicale, visant à renforcer cet état.

F. Loukianov : Alors, pour vous, la civilisation n'est pas un territoire, mais des gens ?

V. Poutine : Oui, bien sûr, ce sont avant tout des personnes. Il y aura certes maintenant beaucoup de questions sur l’Ukraine. Nos actions dans le même Donbass sont avant tout et principalement dictées par la protection des personnes. C’est tout l’intérêt de nos actions.

F. Loukianov : Dans ce cas, pouvez-vous qualifier l’opération militaire spéciale de conflit civilisationnel ? Vous avez dit qu'il ne s'agissait pas d'un conflit territorial.

V. Poutine : Tout d’abord... Je ne sais pas quel type de civilisation défendent ceux de l’autre côté de la ligne de front, mais nous défendons nos traditions, notre culture et notre peuple.

F. Loukianov : D’accord. Puisque nous sommes immédiatement passés à l'Ukraine : aujourd'hui, à mon avis, un grand événement européen commence en Espagne, Vladimir Zelensky et un certain nombre d'autres personnalités s'y sont rendus. La question de la continuation du soutien de l'Ukraine est en cours de discussion. Aujourd’hui, comme nous le savons, aux États-Unis, il y a eu quelque contretemps dû à la crise au Congrès. C'est pourquoi, en Europe, il me semble qu'ils ont estimé qu'ils devraient assumer eux-mêmes le financement.
Pensez-vous qu’ils y arriveront ? Et qu’attendons-nous de cela ?

V. Poutine : Nous attendons une manifestation de moindres germes de bon sens. Quant à savoir s’ils y arriveront ou non, il faut leur demander. Bien sûr, ils y arriveront, je ne vois aucun problème, s'il s'agit d'élargir la production, d'augmenter la somme d'argent acheminé à la guerre et prolongeant ce conflit. Mais il y a bien sûr d'autres problèmes, dont le public ici présent, il me semble, a une parfaite notion.

Si aux États-Unis, comme vous l'avez dit, il y a un contretemps, il est plutôt d'ordre technique, politico-technique pour ainsi dire, qui consiste dans le fait qu'il y a des problèmes avec le budget, un lourd fardeau de la dette, le budget est à équilibrer. Question : comment l'équilibrer ? Soit en fournissant des armes à l’Ukraine et en réduisant les dépenses budgétaires, soit en réduisant les dépenses sociales. Mais personne ne veut réduire les dépenses sociales, notamment parce que cela renforce la position des partis d’opposition, en l’occurrence du parti d’opposition. C'est tout.

Mais en fin de compte, ils trouveront probablement l’argent et en imprimeront davantage. Ils ont imprimé plus de neuf mille milliards de dollars pendant la période post-Covid et pendant la période Covid, donc imprimer davantage et disperser ceci partout dans le monde, augmentant l’inflation alimentaire, ne leur coûte rien. Ils le feront, c'est sûr.

En ce qui concerne l'Europe, la situation ici est plus compliquée, car si aux États-Unis, nous observons encore une croissance économique de 2,4 pour cent du PIB au cours de la période précédente, alors en Europe, la situation est bien pire. Là-bas, en 2021, la croissance économique était de 4,9 pour cent, cette année elle sera de 0,5. Et même cela, c'est grâce aux pays du sud, grâce à l'Italie et à l'Espagne, qui ont montré une légère augmentation.

Hier, nous en avons parlé avec nos experts : je pense que la croissance en Italie et en Espagne est avant tout liée à la hausse des prix de l'immobilier et à une certaine hausse du secteur du tourisme. Et dans les principales économies d’Europe, il y a une stagnation, il y a une baisse dans toutes les industries. En République fédérale [d'Allemagne] - moins 0,1, dans les pays baltes - moins deux, voire moins trois, en Estonie, à mon avis, moins trois, aux Pays-Bas, en Autriche - moins partout. Il existe une baisse particulièrement importante dans le domaine de la production industrielle : il y a sinon une catastrophe, du moins une situation très difficile dans le domaine de la production réelle, notamment dans l'industrie chimique, dans l'industrie du verre, dans l'industrie métallurgique.

Nous savons qu'en raison des ressources énergétiques relativement bon marché aux États-Unis et de certaines décisions administratives et financières, de nombreuses industries européennes se déplacent simplement vers les États-Unis, ferment leurs portes en Europe et s'installent aux États-Unis. C’est bien connu, c’est ce à quoi j’ai fait allusion en prenant la parole ici depuis cette tribune. Le fardeau qui pèse sur la population des pays européens augmente également, c'est aussi une évidence, ce sont les données des statistiques européennes elles-mêmes. Le niveau de vie est en baisse, au cours du dernier mois, il a diminué, à mon avis, d'un pour cent et demi.

L’Europe peut-elle ou ne peut-elle pas ? Peut être. Au prix de quoi ? Au prix de la détérioration, de la détérioration continue de leur économie et de la vie des citoyens des pays européens.

F. Loukianov : Mais notre budget n’est pas non plus illimité. Pouvons-nous y arriver, contrairement à eux ?

V. Poutine : Jusqu’à présent, nous nous en sortons et j’ai des raisons de croire que nous y parviendrons à l’avenir. Au troisième trimestre de cette année, nous avons enregistré un excédent de plus de 660 milliards de roubles. C'est premièrement.

Deuxièmement. Nous aurons finalement un certain déficit à la fin de l’année, environ un pour cent. Et pour les années à venir – 2024, 2025 – nous prévoyons que le déficit se situera aussi autour d'un pour cent. Notre taux de chômage a diminué jusqu'au chiffre record de 3 pour cent et s’est stabilisé.

Et ce qui est très important - c'est un point clé, peut-être y reviendrons-nous à nouveau, mais je pense qu'il s'agit d'un phénomène important et fondamental de notre économie - nous avons naturellement entamé une reconstruction structurelle de l'économie. Parce que ce que nous recevions auparavant des pays européens en importations s'était fermé pour nous, et nous, tout comme en 2014, après avoir introduit certaines restrictions sur l'achat de produits agricoles occidentaux, principalement européens, avons été contraints d'investir de l'argent dans le développement de la production agricole au sein du pays. Oui, l’inflation a bondi, mais nous avons ensuite assuré que nos fabricants augmentent leur production des biens dont nous avions besoin. Et aujourd’hui, vous le savez, nous nous approvisionnons pleinement en produits agricoles de base, en aliments de base.

La même chose se produit actuellement dans le domaine de la production réelle dans l’industrie, et la croissance principale vient des industries manufacturières. Les revenus pétroliers et gaziers ont diminué, mais ils fournissent également plus de 3 pour cent, et les revenus non pétroliers et gaziers, et principalement dans les industries de transformation, plus 43 pour cent, et il s'agit principalement de l'industrie sidérurgique, de l'optique et de l'électronique. Nous avons beaucoup à faire dans le domaine de la microélectronique. Nous n’en sommes vraiment qu’au début du trajet, mais elle augmente déjà. L'ensemble donne un plus de 43 pour cent.

Nous avons reconstruit la logistique, la construction mécanique se développe, etc. Dans l’ensemble, nous avons une situation solide et stable. Nous avons surmonté tous les problèmes apparus après les sanctions qui nous ont été imposées et avons entamé la prochaine étape de développement - sur de nouvelles bases, ce qui est extrêmement important.

Il est très important pour nous de maintenir cette tendance et de ne pas la manquer. Nous avons des problèmes, notamment la pénurie de main-d'œuvre, oui. Ceci est suivi de quelques autres questions. Mais le revenu réel disponible de notre population augmente. Tandis qu'en Europe ils ont diminué, dans notre pays ils ont augmenté de plus de 12 pour cent.

Ici, des questions afférentes se posent, liées à l'inflation, et elle a augmenté chez nous - maintenant 5,7 pour cent, c'est ça, mais la Banque centrale et le gouvernement prennent des mesures concertées pour neutraliser ces conséquences négatives éventuelles.

F. Loukianov : Vous avez évoqué la reconstruction structurelle en cours.
Certains opposants diront qu’il s’agit là d’une militarisation de l’économie. Est-ce qu'ils ont raison ?


V. Poutine : Écoutez, nous avons augmenté les dépenses en matière de défense, mais pas seulement en matière de défense, mais en matière de défense et de sécurité. Ils ont presque doublé : ils étaient d’environ trois pour cent, ils sont maintenant d’environ six pour cent – pour la défense et la sécurité. Mais en même temps, je tiens à souligner ceci, je l'ai déjà dit et je suis obligé de le répéter : nous avons un excédent budgétaire au troisième trimestre de plus de 660 milliards de roubles, et cette année-ci il y aura un déficit, mais seulement un pour cent . Il s’agit d’un budget tout à fait sain et d’une économie saine.

Par conséquent, il est faux de dire que nous dépensons trop d’argent pour les canons et oublions le beurre. Je voudrais souligner que tous, justement tous les plans de développement annoncés précédemment, la réalisation des objectifs stratégiques et toutes les obligations sociales assumées par l'État envers la population, sont pleinement mis en œuvre.

F. Loukianov : Merci. C'est une bonne nouvelle.
Vladimir Vladimirovitch, outre le conflit en Ukraine, sur lequel nous reviendrons certainement plus d'une fois, des événements se sont produits littéralement au cours des derniers jours et semaines dans le Caucase du Sud. Le président du Conseil européen Charles Michel a déclaré hier dans une interview que la Russie avait trahi le peuple arménien.


V. Poutine : Qui a dit ça ?

F. Loukianov : Charles Michel, président du Conseil européen.

V. Poutine : Vous savez, dans notre peuple on dit : y a ceux dont la jument pourrait beugler, mais certainement pas la tienne ! ["Чья бы кобыла мычала, а твоя бы молчала!" Proverbe russe approximativement équivalent au proverbe français "C'est la poêle qui se fout du chaudron !", mais devant comprendre le mot "vache" (корова) au lieu du mot "jument" (кобыла) employé ici. Ça signifie l’exigence, assez grossière, de ne pas blâmer les autres pour les défauts de l’orateur lui-même : ce n’est pas à vous de juger ou d’en parler.- NdT]

F. Loukianov : La vache.

V. Poutine : La vache, la jument – peu importe, bref, un animal quelconque.
C'est tout ? Je vous ai interrompu, désolé.

F. Loukianov : S'il vous plaît.

V. Poutine : Comprenez-vous ce qui se passait et ce qui s'est passé récemment ? Après les événements bien connus et l'effondrement de l'Union soviétique, nous savons qu'il y a eu un conflit, des affrontements ethniques ont commencé entre Arméniens et Azerbaïdjanais, ils ont commencé dans la ville de Soumgaït, puis se sont étendus au Karabakh. Tout cela a conduit au fait que l'Arménie - non pas le Karabakh, certes, mais l'Arménie - a placé sous son contrôle tout le Karabakh et sept territoires adjacents, sept régions de l'Azerbaïdjan. Cela représentait, à mon avis, près de 20 pour cent du territoire de la République d’Azerbaïdjan. Et tout cela a duré plusieurs décennies.

Je dois dire - et je ne révélerai aucun secret ici - qu'à plusieurs reprises au cours des 15 dernières années, nous avons proposé à nos amis arméniens d'en arriver aux compromis. Lequels ? Rendre cinq régions autour du Karabakh à l'Azerbaïdjan, en garder deux pour soi et préserver ainsi le lien territorial entre l'Arménie et le Karabakh.

Mais nos amis du Karabakh nous ont répété toujours à maintes reprises : non, cela va créer certaines menaces pour nous. Nous disions à notre tour : écoutez, l’Azerbaïdjan est en croissance, son économie se développe, c’est un pays producteur de pétrole et de gaz, il y a déjà plus de 10 millions d’habitants là-bas, comparons les potentiels. Tant que telle opportunité existe, nous devons trouver ce compromis. Pour notre part, nous sommes convaincus que nous appliquerons les décisions pertinentes dans le cadre du Conseil de sécurité de l'ONU, garantirons la sécurité de ce couloir de Latchine formé de façon naturelle entre l'Arménie et le Karabakh et garantirons la sécurité des Arméniens vivant sur ce territoire.

Mais non, on nous a dit : non, nous ne pouvons pas accepter ça. Que ferez-vous ? Nous allons nous battre. Bon, d'accord. Les choses ont finalement abouti aux affrontements armés en 2020, et alors j'ai proposé à nos amis et collègues la même chose - d'ailleurs, j'espère que le président Aliyev ne m'en voudra pas, mais à un moment donné, un accord a été conclu pour l'arrêt des troupes azerbaïdjanaises.

Pour être honnête, je pensais que le problème était résolu. J'ai appelé Erevan et j'ai soudain entendu : non, qu'ils quittent cette partie insignifiante du Karabakh où sont entrées les troupes azerbaïdjanaises. Voilà. Je dis : écoute, qu'est-ce que tu vas faire ? De nouveau la même phrase : nous nous battrons. Je dis : écoutez, dans quelques jours ils iront à l'arrière de vos fortifications dans la région d'Agdam, et tout sera fini, vous comprenez ? - Oui. - Que ferez-vous? - Nous allons nous battre. Bon, d'accord. C'est comme ça que tout s'est passé.

En fin de compte, nous avons tout de même convenu avec l’Azerbaïdjan qu’une fois la ligne de Choucha atteinte et jusqu’à Choucha même, les hostilités cesseraient. Une déclaration correspondante a été signée en novembre 2020 sur la suspension des hostilités et le déploiement de nos soldats de maintien de la paix. Et le point suivant, très important : le statut juridique de nos soldats de la paix reposait uniquement sur cette déclaration de novembre 2020. Aucun statut de casque bleu n’a jamais vu le jour. À présent je ne dirai pas pourquoi. L’Azerbaïdjan estimait que cela n’était pas nécessaire, et signer sans l’Azerbaïdjan était inutile. Par conséquent, tout le statut reposait, je le répète, uniquement sur la déclaration de novembre 2020, et les droits des soldats de la paix consistaient en une seule chose : contrôler le respect du cessez-le-feu. Voilà, nos soldats de la paix n’avaient pas et n’ont pas d’autres droits là-bas. Rien que de surveiller le cessez-le-feu. Mais cet état précaire a duré quelque temps.

Maintenant, vous avez mentionné le président du Conseil européen, Monsieur Michel, que je respecte. À Prague, à l'automne 2022, sous les auspices de Monsieur Michel, aussi que du président français Macron et de Monsieur Scholz, chancelier allemand, les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan se sont réunis et ont signé une déclaration, dont il résulte que l'Arménie a reconnu le Karabakh en tant que partie de la République d'Azerbaïdjan.

Qui plus est, les chefs des délégations, les dirigeants de l'Arménie ont directement nommé le territoire de l'Azerbaïdjan en kilomètres carrés, qui comprend bien sûr le Karabakh, et ont souligné qu'ils reconnaissaient la souveraineté de l'Azerbaïdjan dans le cadre de la RSS d'Azerbaïdjan faisant autrefois partie de l'URSS. Et comme vous le savez, le Karabakh faisait également partie de la RSS d’Azerbaïdjan. C'est-à-dire, la question principale, absolument essentielle, à savoir le statut du Karabakh, a été de ce fait résolue. Lorsque le Karabakh a déclaré son indépendance, personne n'a reconnu cette indépendance, pas même l'Arménie, ce qui, franchement, me semble étrange, mais néanmoins, c'était la décision - ils n'ont pas reconnu l'indépendance du Karabakh. Mais ici, à Prague, ils ont reconnu que le Karabakh appartenait à l'Azerbaïdjan. Et puis, début 2023, ils ont répété la même chose une seconde fois lors d’une réunion similaire à Bruxelles.

Vous savez, donc, entre nous, même si cet "entre nous" n'est probablement plus approprié, mais quand même, lorsqu'on est parvenu [à un accord]... D'ailleurs, personne ne nous en a fait part, moi je l'ai appris par la presse. L'Azerbaïdjan estimait toujours que le Karabakh faisait partie de son territoire, mais l'Arménie, en définissant le statut du Karabakh comme faisant partie de l'Azerbaïdjan, a procédé à un changement qualitatif dans sa position.

Après cela, lors d'une des réunions, le président Aliyev m'a abordé en disant : eh bien, voyez-vous, tout le monde a reconnu que le Karabakh est à nous, alors vos soldats de maintien de la paix sont là sur notre territoire. Voyez-vous, même le statut de nos soldats de maintien de la paix a immédiatement subi un changement qualitatif après que le statut du Karabakh a été déterminé comme faisant partie de l'Azerbaïdjan. Il a dit : vos militaires se trouvent sur notre territoire, alors convenons maintenant de leur statut sur une base bilatérale. Et le Premier ministre Pachinyan a confirmé : oui, il faut maintenant négocier sur une base bilatérale. Autrement dit, le Karabakh s'en est allé. Vous pouvez dire ce que vous voulez sur ce statut, mais c’était la question clé : le statut du Karabakh. Tout a tourné autour de cela au cours des décennies précédentes : comment et quand, qui et où déterminera le statut. Ça y est, l'Arménie l'a décidé : le Karabakh est officiellement devenu une partie de l'Azerbaïdjan. Telle est la position de l’État arménien actuel.

Que devrions nous faire ? Tout ce qui s’est passé récemment – il y a une semaine, deux, trois, le blocage de ce couloir de Latchine, etc. – tout cela était inévitable après la reconnaissance de la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Karabakh. Ce n'était qu'une question de temps : quand et de quelle manière l'Azerbaïdjan y établirait un ordre constitutionnel dans le cadre de la Constitution de l'État azerbaïdjanais. Que peut-on dire ? Comment réagir à cela autrement ? L'Arménie l'a reconnu, alors que devons-nous faire à notre tour ? Dire : non, nous ne reconnaissons pas cela ? Mais c'est absurde, pas vrai ? Histoire à dormir debout.

Je ne parlerai pas maintenant - je pense que ce serait incorrect - des nuances de nos discussions, mais ce qui s'est passé ces derniers jours ou ces dernières semaines était une conséquence inévitable de ce qui s'est passé à Prague et à Bruxelles. Par conséquent, Monsieur Michel et ses collègues auraient dû réfléchir au moment, lorsqu'ils ont apparemment persuadé - je ne sais pas, il faut leur demander eux-mêmes - quelque part dans les coulisses, dans les couloirs, le Premier ministre arménien, M. Pachinyan, de prendre une telle démarche, ils auraient dû réfléchir tous ensemble au sort des Arméniens du Karabakh, ils devraient au moins écrire quelque chose sur ce qui et comment les attend dans cette situation, une sorte d'ordre pour l'intégration du Karabakh dans l'État azerbaïdjanais, une sorte d'ordre lié à la garantie de la sécurité et du respect de leurs droits. Mais il n'y a rien de tel là-bas. Il n'y a qu'une déclaration selon laquelle le Karabakh fait partie de l’Azerbaïdjan, et c’est tout. Alors, que devrions-nous faire? Si l’Arménie elle-même l'a décidé, que devrions-nous faire ?

Qu'avons-nous fait ? Nous avons utilisé tout ce que nous avions au sens juridique pour assurer le volet humanitaire. Comme vous le savez, notre personnel a d'ailleurs péri là-bas en protégeant les Arméniens du Karabakh, nos soldats de la paix. Nous leur avons fourni une aide humanitaire, une assistance médicale et assuré leur sortie.

Si nous revenons à nos soi-disant collègues européens, qu’ils envoient au moins maintenant de l’aide humanitaire pour soutenir ces malheureux, je ne peux pas les appeler autrement, qui ont quitté leurs parages natales, familiers du Haut-Karabagh. Je pense qu'ils le feront. Mais d’une manière générale, il faut évidemment réfléchir à leur sort à long terme.

F. Loukianov : La Russie est-elle prête à soutenir ces gens ?

V. Poutine : Je viens de dire : nous les avons soutenus.

F. Loukianov : Ceux qui sont partis.

V. Poutine : Notre personnel a péri là-bas en les protégeant, en leur faisant des ramparts de leurs corps et en leur apportant une aide humanitaire. Après tout, c'est au centre de nos soldats de la paix là-bas que tous les réfugiés sont arrivés, sous leur protection. Des milliers de personnes s'y sont rassemblées, principalement des femmes et des enfants.

Et bien sûr, nous sommes également prêts à apporter notre aide, l’Arménie ne cesse pas d’être notre alliée. Et s’il y a des problèmes humanitaires là-bas, et il y en a, nous en discuterons bien sûr et sommes prêts à apporter soutien et assistance à ces personnes. Cela va sans dire.

Je viens de vous raconter tout simplement comment les événements se sont déroulés, brièvement, mais en général, je vous ai fait part de l'essentiel.

F. Loukianov : Vladimir Vladimirovitch, encore une nuance à cet égard. Aujourd’hui, les dirigeants azerbaïdjanais purgent très durement ceux qui ont servi au Karabakh, les dirigeants. Et il y a différentes personnes là-bas, y compris celles qui sont bien connues en Russie, comme Ruben Vardanyan, par exemple.

V. Poutine : Pour autant que je sache, il a renoncé à notre citoyenneté.

F. Loukianov : Il a renoncé, mais il l'était. Pouvons-nous, d’une manière ou d’une autre, appeler les dirigeants azerbaïdjanais à faire preuve, je ne sais pas, de miséricorde ?

V. Poutine : Nous avons toujours fait cela et nous le faisons maintenant. J'ai parlé, comme vous le savez, par téléphone au président Aliyev, mais plus tôt, nous avons parlé de ce que quoi qu'il arrive, et il m'a assuré à tout moment que quoi qu'il arrive, il garantirait à la fois la sécurité et les droits des Arméniens habitant le Haut-Karabagh. Mais maintenant, il n’y a plus d’Arméniens là-bas, tout le monde est parti. Savez-vous que tout le monde est parti ? Il n'y a tout simplement pas d'Arméniens là-bas - peut-être mille ou quinze cent - c'est tout. Ça y est, il n'y a plus personne là-bas.

Quant aux anciens dirigeants, je ne sais pas, je ne veux pas entrer dans les détails, mais si je comprends bien, ils ne sont spécialement bienvenus à Erevan. Mais je pars du fait que les dirigeants de l'Azerbaïdjan dans cette affaire, lorsque toutes les questions de nature territoriale pour l'Azerbaïdjan ont été résolues, continueront à partir de considérations de nature humanitaire.

F. Loukianov : Merci.

Traduit par Valerik
Source : Le site du Kremlin
(À suivre dans d'autres sujets)
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